Charles Baudelaire

Førstelinier

A

A la pâle clarté des lampes languissantes

A la très-chère, à la très-belle

Amina bondit, - fuit, - puis voltige et sourit

Andromaque, je pense à vous! Ce petit fleuve

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse

Au milieu des flacons, des étoffes lamées

Au pays parfumé que le soleil caresse

Au Poète impeccable

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées

Aujourd'hui l'espace est splendide!

Avec ses vêtements ondoyants et nacrés


B

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres

Bizarre déité, brune comme les nuits

Blanche fille aux cheveux roux


C

C'est la Mort qui console, hélas! et qui fait vivre

C'est une femme belle et de riche encolure

Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse

Ce spectre singulier n'a pour toute toilette

Celui dont nous t'offrons l'image

Combien faut-il de fois secouer mes grelots

Comme les anges à l'oeil fauve

Comme un beau cadre ajoute à la peinture

Comme un bétail pensif sur le sable couchées

Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse

Contemple-les, mon âme; ils sont vraiment affreux!

Contemplons ce trésor de grâces florentines


D

D'où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrange

Dans des fauteuils fanés des courtisanes vieilles

Dans des terrains cendreux, calcinés, sans verdure

Dans les caveaux d'insondable tristesse

Dans les planches d'anatomie

Dans les plis sinueux des vieilles capitales

Dans ma cervelle se promène

Dans une terre grasse et pleine d'escargots

De ce ciel bizarre et livide

De ce terrible paysage

Deux guerriers ont couru l'un sur l'autre, leurs armes

Dis-moi ton coeur parfois s'envole-t-il, Agathe

Du temps que la Nature en sa verve puissante


E

En ces temps merveilleux où la Théologie

Entre tant de beautés que partout on peut voir


F

Fière, autant qu'un vivant, de sa noble stature

Fourmillante cité, cité pleine de rêves


G

Gloire et louange à toi, Satan, dans les hauteurs

Grands bois, vous m'effrayez comme des cathédrales


H

Harpagon, qui veillait son père agonisant

Homme libre, toujours tu chériras la mer!

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible


I

Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver

Il est de forts parfums pour qui toute matière

Il me dit qu'il était très-riche

Il me semble parfois que mon sang coule à flots

Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières

Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal

Imaginez Diane en galant équipage


J

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans

J'aime le souvenir de ces époques nues

J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés

J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime

Je n'ai pas oublié, voisine de la ville

Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre

Je suis comme le roi d'un pays pluvieux

Je suis la pipe d'un auteur

Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne

Je te donne ces vers afin que si mon nom

Je te frapperai sans colère

Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse!

Je veux, pour composer chastement mes églogues


L

L'Amour est assis sur le crâne

L'homme a, pour payer sa rançon

L'un t'éclaire avec son ardeur

La Débauche et la Mort sont deux aimables filles

La diane chantait dans les cours des casernes

La femme cependant, de sa bouche de fraise

La Haine est le tonneau des pâles Danaïdes

La Maladie et la Mort font des cendres

La musique souvent me prend comme une mer!

La Nature est un temple où de vivants piliers

La rue assourdissante autour de moi hurlait

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur

La tribu prophétique aux prunelles ardentes

Le Démon, dans ma chambre haute

Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures

Le poëte au cachot, débraillé, maladif

Le regard singulier d'une femme galante

Le soleil s'est couvert d'un crêpe. Comme lui

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge

Lecteur, as-tu quelquefois respiré

Les amoureux fervents et les savants austères

Les cloîtres anciens sur leurs grandes murailles

Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse

Lorsque, par un décret des puissances suprêmes


M

Ma femme est morte, je suis libre!

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage

Ma pauvre muse, hélas! qu'as-tu donc ce matin?

Mère des jeux latins et des voluptés grecques

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses

Mon berceau s'adossait à la bibliothèque

Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux

Mon enfant, ma soeur

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte


N

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères

Novis te cantabo chordis [Franciscae meae laudes]

Novis te cantabo chordis [Franciscae meae laudes]


O

O fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue

O muse de mon coeur, amante des palais

O toi, le plus savant et le plus beau des Anges

O toison, moutonnant jusque sur l'encolure!

On dirait ton regard d'une vapeur couvert


P

Pluviôse, irrité contre la ville entière

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes

Pour soulever un poids si lourd

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords


Q

Qu'est-ce que Dieu fait donc de ce flot d'anathèmes

Quand chez les débauchés l'aube blanche et vermeille

Quand Don Juan descendit vers l'onde souterraine

Quand je te vois passer, ô ma chère indolente

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne

Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire

Que j'aime voir, chère indolente

Que le Soleil est beau quand tout frais il se lève

Quoique tes sourcils méchants


R

Race d'Abel, dors, bois et mange

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme

Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse


S

Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon

Si par une nuit lourde et sombre

Sous les ifs noirs qui les abritent

Sous une lumière blafarde

Souvent à la clarté rouge d'un réverbère

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage


T

Ta tête, ton geste, ton air

Tes beaux yeux sont las, pauvre amante!

Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche

Toi qui, comme un coup de couteau

Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle

Tu n'es certes pas, ma très-chère


U

Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles

Une fois, une seule, aimable et douce femme

Une Idée, une Forme, un Etre

Une nuit que j'étais près d'une affreuse Juive


V

Viens sur mon coeur, âme cruelle et sourde

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme

Voici le soir charmant, ami du criminel

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

Vous êtes un beau ciel d'automne, clair et rose!

Vous pouvez mépriser les yeux les plus célèbres

Vous qui raffolez des squelettes